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Accueil Le coin des gastronomes L’extraordinaire histoire d’un enfant gourmand…
L’extraordinaire histoire d’un enfant gourmand…
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poulain-005La gourmandise peut mener à bien des folies… En France, nous ne consommons véritablement du chocolat que depuis cent cinquante ans. Introduites à la Cour au XVIII° siècle, ces fèves brunes qui servaient à préparer le breuvage des dieux aztèques furent d’abord considérées comme un tonique savoureux réservé à l’aristocratie et aux gens de lettres.


Mme de Sévigné et Voltaire en faisaient leur régal, le prenaient seul, pour tout dîner, et en recommandaient les vertus.
Le chocolat dut attendre le XIX° siècle et l’ère industrielle pour se démocratiser. Encore fallait il que les hommes visionnaires fussent à la fois séduits par la magie du produit et désireux de faire connaître à tous les saveurs chaudes et onctueuses de cette pate mordorée qui n’était utilisée, à l’origine, que comme un mets de santé.
C’est l’extraordinaire histoire de l’un deux que je veux vous conter ici. D’un petit garçon touché par la grâce de la gourmandise, né aux confins de la Sologne en 1825, et qui devint par une ténacité peu commune l’un des premiers maîtres chocolatiers de France. Il s’appelait Victor Auguste Poulain…


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Né dans une modeste ferme, comme il en existait tant, il était le dixième enfant de Jeanne-Elise et Bruno-François Poulain. Les premiers pas du petit garçon le menèrent naturellement aux champs mais sa constitution chétive l’empêchant d’aider efficacement, ses parents décidèrent de l’envoyer à l’école.
Un beau matin de 1834, il mit son baluchon sur l’épaule et partit vers l’ouest, en direction de Tours. Ses pas le menèrent jusqu'à Bléré où l’épicier de la place du marché l’engagea comme commis pendant deux ans.
Victor Auguste partit ensuite a la conquête de Paris pour travailler dans une splendide épicerie à l’enseigne Au Mortier d’Argent. On dit que Balzac en personne s’approvisionnait dans cette épicerie ! Mais à cette époque,  Mr Poulain était plus occupé par une nouvelle passion : il venait de découvrir un produit qui commençait à se répandre dans la capitale.



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Mr Leguerrrier, comme la plupart des grands épiciers de Paris, fabriquait son chocolat. Le procédé de préparation était encore très archaïque. Il fallait tout d’abord débarrasser de son enveloppe le cacao torréfié, l’étendre sur des claies pour le faire refroidir, tirer les grains, les concasser et en expulser le germe. Ensuite, on broyait le cacao et le sucre, et quelque fois la vanille dans un mortier légèrement chaud. On découpait la pâte en boudins, que l’on descendait à la cave pour les faire refroidir. Ils étaient par la suite enveloppés dans du papier d’étain et conservés dans un lieu sec. Malgré la difficulté de la tâche, l’adolescent fut aussitôt fasciné par ce nouveau produit. Il venait de découvrir sa vocation : il serait chocolatier !

En 1974, il décida de quitter la capitale pour retourner dans son pays et ouvrir sa propre boutique : il avait 22 ans et 1800 francs d’économie en poche.
Les débuts du jeune chocolatier furent très modestes. Dans la rue commerçante, on regardait avec curiosité ce jeune garçon qui embaumait tout le quartier d’effluves inédits, fabriquait la nuit, vendait le jour.

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Une jeune fille surtout venait le voir, Pauline Bagoulard, arrivée à Blois depuis seulement 4 mois. Leur mariage fut célébré le 20 février 1848. Le petit chocolatier avait enfin trouvé quelqu’un pour le soutenir dans sa passion et tenir sa boutique.
La jeune mariée, reconnaissant son talent, l’encouragea tout se suite à produire un chocolat à son nom. Un peu plus tard, il lui faisait le plus beau cadeau de mariage en lançant le « Chocolat Poulain ». Mais le chocolat ne se démocratisait que lentement et était encore largement comme un produit de santé, voire comme un médicament.  Notre breuvage des dieux était alors encore loin d’être considéré en France comme une gourmandise.
Néanmoins, Victor Auguste Poulain croyait aux vertus gustatives du chocolat et à l’alchimie d’un bon cacao et d’un sucre plus intiment mêlés. Il utilisait un mélange de fèves qui fut considéré comme le meilleur tout au long du siècle : un tiers de caraque pour deux tiers de maragnan.
Il croyait en un chocolat « sain et loyal », accessible au plus grand nombre et s’efforça toute sa vie de respecter cet idéal. Sans avoir recours à une publicité tapageuse mais seulement grâce aux bons échos du bouche à oreille, le Chocolat Poulain remportait un franc succès.

Victor Auguste voyait toujours plus loin… et sentit la nécessité de passer à la vitesse supérieure. Il loua une usine, augmentant ainsi sa production, et put commencer à fabriquer pour d’autre épiciers-chocolatiers. Il voulait faire « bon et à bon marché ».
Il partait alors à la conquête de son pays et poursuivait ses composition de chocolat qu’il classait sous des codes mystérieux, AA, A, AO, C, D, E… créant ainsi son propre alphabet gourmand. En avril 1861, il affirmait dans un journal : « Goutez et comparez avec les meilleures fabriques de France » qui deviendra à partir de 1863 le célèbre et percutant « Goutez et comparez » avec lequel sa marque communiquera pendant plus de cent ans !

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Entre temps, l’usine Poulain venait de naître : Victor Auguste la baptisa « usine de la Villette ». Il venait de réaliser son rêve. Désormais pendant plus de cent ans, avant chaque ondée, l’odeur révélatrice envahira les rues de la cité blésoise.
Malheureusement, Pauline qui avait participé avec tant d’ardeur à la passion de son mari, n’eut pas le temps de voir l’usine. Elle mourut le 3 juillet 1864.
En 1871, Victor Auguste Poulain pouvait enfin asseoir à notoriété.
En 1874 il se mit en société avec son fils Albert et en 1880 il lui abandonna définitivement les rênes.

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C’est Albert qui inaugura et propagea les chromo-réclames (support privilégié de toute communication commerciale de l’époque). Il insérait ces petites cartes lithographiées dans tous ces chocolats. Leurs scènes récréatives décrivaient les tentations, les méfaits et les aventures de petits personnages drôles et naïfs, dont on pouvait suivre l’histoire si l’on reconstituait une série complète.
Par le bais des chromos, Albert touchait tous les foyers et pu conquérir un nouveau public, celui des enfants. Il créa même (fait unique dans l’histoire d’une chocolaterie industrielle) une imprimerie intégrée à l’usine.
En 1896 apparut le cacao en poudre mais l’accent ne fut véritablement qu’en 1908 avec le Pulvérisé Poulain Orange.
Grace au succès de son fils, Victor Auguste gagnait la postérité et son nom devenait un nom commun.

Aujourd’hui le chocolat poulain est la seule marque de chocolat industrielle à pouvoir s’enorgueillir de 150 ans d’existence. L’impulsion d’un homme, d’un seul, aura été à l’ origine de toute cette formidable aventure, un petit homme gourmand qui s’appelait Victor Auguste et croyait tout simplement à la magie du chocolat.

Comments

avatar martine
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merci beaucoup pour ce brin d'histoire!
c'est tres prenant et on se couche moins bete!
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avatar olivia
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je suis d'accord, en plus le style est sympa!
super Pauline!
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avatar MelleBanane
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ah le chocolat poumain le préféré de mon papy ....
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avatar Pauline
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merci beaucoup :)
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